Il est presque 22h, je viens tout juste de rentrer du labo et d'avaler de quoi remplir mon estomac qui criait grâce depuis près de 3h. Il va mieux, mais il va certainement me tirailler encore une bonne partie de la nuit. De son coté, mon cerveau n'est pas en reste. Malgré 20 min de lavage de cerveau devant THE channel : G.A.C (Greatest American Country), il reste bloqué, à ressasser le film de cette journée passée toute entière à essayer de résoudre un problème, un problème con, qui ne prend de telles proportions que chez moi, j'en ai presque honte. Je suis à 2 doigts d'aller consulter vous savez ! Bah oui, faudrait quand même pas que je m'esquinte la santé pour un truc qui ne fera même pas avancer la SCIENCE !
Je vous explique. Tout avait bien commencé ce matin. J'arrive tranquille à 8h30 au boulot (j'avais envoyé un mail à Paul, mon chef là-bas, pour lui dire que j'aurai un peu de retard car j'étais avec la France ce matin). Là, mon colloc' de bureau me tend la carte PCMCIAtrucbidulle que j'avais cherchée dans tout le labo Vendredi. Je me dis, Yes (bah, oui, maintenant je suis billingue), je vais pouvoir torcher ma manip dans la journée, Paul sera content, Pascal (mon chef à Paris) sera content et du coup moi aussi, le top ! Mais voilà, c'est là que ça se gatte. Je connecte la PCMCIAtrucbidulle au Magma (c'est son nom, comme moi c'est Sylvain), je lance le logiciel d'acquisition et là, le drame : une fenêtre Windows s'ouvre. Impossible de se connecter au Magma car les drivers de l'octopus sont introuvables.
(les enfants, éloignez vous de ce blog, ou fermez les yeux à la lecture de la prochaine ligne, je sais, c'est pas facile)
AAAAHHHHHH! reAAAAHHHHH! PUTAINSAMERELAPUTE !!!!! Voilà les emmerdes qui commencent. La manip' qui ne devait durer qu'une journée (celle de vendredi dernier que j'ai passée à chercher la carte PCMCIetc), en est maintenant à sa 2ème journée. Et moi j'aime pas dépasser les délais fixés, surtout quand tout le monde te dit : "facile, à la fin de la journée t'as fini" et que toi comme un GRAND tu ajoutes : "Yes, of course, there is no problem. It's easy boss", et blablabla et que bien sûr il aura les résultats à la fin de la journée (qu'est-ce qu'on peut être imprudent parfois !!!). Rien pour la fin de la journée de Vendredi, et TOUJOURS rien pour la fin de celle-ci non plus.
Après voir juré (moi, jurer ? noooon, jamais !), je me dis, voilà, il va falloir programmer le générateur de signal, l'acquisition du signal et par dessus tout, conditionner ce signal (bah oui, je clame depuis quelques semaines à qui veut l'entendre, les collègues, les membres du jury du renouvellement du labo, les américains... que MÔA, je sais conditionner le signal et que grâce à MON conditionneur de charges, (ou charge amplifier in english) la manip' en est grandement améliorée). Je passe donc la matinée à essayer de le conditionner ce PUTAIN de signal (aye, encore un juron) mais sans mon matos, d'où les premières aigreurs d'estomac. Sur ce, midi arrive très vite, moi je suis absorbé dans mon conditionneur. On m'en arrache difficilement (je commençais à le personnifier, à lui parler, "allez, fait un effort, sort moi un pic, s'il te plait". Peut-être qu'il comprend mieux l'anglais "please please please, a peak, please, please..." !
Après un rapide tour au mexicain de Los alamos (ce qui n'arrange pas le bide)(pour Titienne : j'ai mangé des Quesadillas, et Christophe ?) , je retourne élico presto à la tâche. Je tourne 3 boutons du conditonneur, et je vois un pic, je sais pas d'où il sort, mais je m'en fous, y a quelque chose, enfin ! Je laisse tomber le conditionneur et commence alors à me lancer dans la P.R.O.G.R.A.M.M.A.T.I.O.N (oulala) en LABVIEW (OULALALALA), mon logiciel préféré, que même je voudrais la dernière version pour mon anniversaire. Un gentil collègue me donne son programme, "yes, ça va être facile, rien à faire". Ah non ! il est pas du tout adapté à mon application. Un 2ème gentil collègue me donne son programme, "cool, bah finalement je vais pas trop me galérer à refaire des trucs déjà faits 40 fois". Ah non ! je comprends rien à son truc. Va falloir que je me coltine tout depuis le début.... J'ai les mains qui commencent à trembler. J'ai chaud, très chaud. J'enlève mon pull. C'est pas suffisant ! J'enlève mon T-shirt, je suis torse nu dans la salle de manip' ! (non, je rigole, c'était juste pour vous réveillez ;-)). Je commence à taper un peu fort sur les touches de mon clavier. Quand les collègues sont dehors, je me surprends même à prier dieu, très fort, moi qui suis un inconditionnel athée ! J'essaye de me reprendre en main. Je vais chercher de l'eau pour m'hydrater, et part la même occasion remplir mon estomac (les sucs gastriques, ça brûle).
Il est maintenant 17h, ça sent la fin de la journée, avec comme bilan provisoire : un pic, qui sort d'on ne sait où et un bout de programme non fonctionnel, bien maigre bilan.
Pour ajouter à mon stress et à mon état de fébrilité, voilà que maintenant, un nouveau collègue russe, un ponte (bah ouaih, j'ai lu ses articles, c'est une référence) débarque dans la salle. Il a besoin de Magma. Euuuh, non laissez la moi, je commence tout juste à en percer les secrets, à savoir comment lui parler. Silvousplaitmonsieurlegrandchercheur !! Laissez moi encore quelques heures avec elle, promis, c'est easy, je vais finir rapidos.
Il est maintenant 18h30, le collègue russe est le dernier à partir. Je me retrouve tout seul dans le labo. J'ai envoyé un mail de secours à la France, mais j'oubliais qu'elle dort (2h du mat', tu m'étonnes). Je suis face à moi même, à mon cerveau, à mon incompétence, à la maitrise de moi, à mes nerfs, à mon cerveau, à mes nerfs, à mon cerveau, à mes nerfs, à mon cerveau, à mon cerveau, à mon cerveau............. Il reprend le dessus sur mon système végétatif (ou parasympathique, les cours de BL30, ça remonte à presque 10 ans !). Je reprends tout méthodiquement, je vois un signal qui s'affiche sur mon écran, puis 2, puis ça s'affiche en tant réel et maintenant ça réagit à mes coups de marteau (un jour je vous expliquerai mes recherches), YESSSS, voilà que mon programme prend vie, il marche, halleluja, merci mon dieu, allah wak bar !
Il est maintenant 21h, je suis crevé, lessivé, c'est à peine si je tiens sur mes jambes, j'ai le bide en vrac et j'ai presque envie de vomir. Les mêmes symptômes qu'après un marathon, marrant, non?
Je sors du labo et je récupère ma voiture sur le parking désert. Je rentre chez moi. J'ai la musique à fond dans le poste (107.5, the country music broadcast of New-Mexico), je me sens léger, heureux d'avoir accompli mon job, avec en plus ce petit truc qui fait qu'on se sent en vie. Ce soir, JE ME SENS INVINCIBLE !
Ce soir, je ne vous aurai donc pas parler de ma journée à Santa Fe, ni des 3 biches qui ont traversées la route ce matin en pleine ville, ni même des 2 coyotes qui trainaient nonchalamment sur les abords du labo. Ce sera pour une prochaine fois, promis !